Huit choses cachées dans la pierre blanche

DC·72 Deep Cuts
Le marbre blanc n'est que du calcaire, cuit

Le marbre blanc n'est que du calcaire, cuit

Le marbre commence comme un calcaire ordinaire, un fond marin de boue et de coquillages. Enfouissez-le très profondément, ajoutez chaleur et pression, et la calcite recristallise en un dense réseau de cristaux imbriqués. Cette refonte efface entièrement les fossiles et les strates, et c'est pourquoi un bloc net de marbre statuaire ne révèle ni coquillages, ni lits, rien qu'un grain uniforme et scintillant. La même chimie que la craie dont il est issu, simplement reconstruite de l'intérieur.
La lumière s'enfonce dans le marbre comme dans la peau

La lumière s'enfonce dans le marbre comme dans la peau

Le marbre n'est pas tout à fait opaque. La lumière se glisse de quelques millimètres sous la surface, rebondit parmi les cristaux de calcite et ressort en lueur : la même diffusion sous la surface qui donne à la peau humaine son aspect doux, éclairé de l'intérieur. Parmi les pierres communes, seul le marbre le fait à un degré utile, et c'est précisément pourquoi les sculpteurs l'ont choisi pour la chair. Un nu en granit a l'air d'un rocher ; un nu en marbre semble respirer.
Ces statues d'un blanc pur étaient jadis peintes haut en couleur

Ces statues d'un blanc pur étaient jadis peintes haut en couleur

Le marbre blanc et nu que l'on associe à l'Antiquité est un accident du temps. Les statues grecques et romaines étaient à l'origine peintes de couleurs vives : carnations, lèvres rouges, drapés à motifs, yeux sombres. La peinture s'est tout simplement effacée au fil des siècles. À l'aide d'une lumière rasante et de la photographie ultraviolette, les chercheurs passent depuis plus de quarante ans à débusquer les faibles fantômes de pigment encore accrochés à la pierre et à reconstituer les originaux criards.
Il a sculpté des doigts de marbre qui s'enfoncent dans une cuisse

Il a sculpté des doigts de marbre qui s'enfoncent dans une cuisse

Dans un seul bloc, un sculpteur de 23 ans a fait passer la pierre froide pour une chair qui cède. Là où une main saisit une cuisse, le bout des doigts s'enfonce et la surface se creuse tout autour : quatre petits creux et un pli derrière le pouce, comme si la peau était tendre. Ce fut le tour de force qui le fit connaître : dès lors, il sut rendre le marbre tel de la cire, du tissu ou une larme humide. L'œuvre date de 1621 et 1622.
La pluie acide ronge lentement le marbre jusqu'au flou

La pluie acide ronge lentement le marbre jusqu'au flou

Le marbre est du carbonate de calcium presque pur, et l'acide le dissout. La pluie chargée d'acide sulfurique et nitrique issu de l'air pollué réagit avec la pierre et transforme la surface en gypse soluble qui se délave. Le premier à disparaître, c'est le détail fin : lèvres nettes et inscriptions précises s'amollissent et se brouillent, une lente reddition qu'on appelle le sucrage. Voilà pourquoi les statues exposées perdent leur visage en un ou deux siècles, tandis que celles à l'abri restent nettes.
Le marbre du Parthénon vire à l'or en vieillissant

Le marbre du Parthénon vire à l'or en vieillissant

La pierre du Parthénon, extraite du mont Pentélique, renferme de minuscules paillettes de fer. Au fil des siècles, à l'air libre, ce fer rouille lentement et baigne la surface d'une chaude teinte dorée, couleur de miel. Le marbre pentélique fraîchement taillé est d'un blanc cru ; vieilli, il est mordoré. La teinte est si caractéristique que les experts s'en servent pour distinguer ce marbre de toute autre pierre blanche de l'Antiquité.
Ces figures sont figées en train de s'extraire de la roche

Ces figures sont figées en train de s'extraire de la roche

Un ensemble de figures de marbre inachevées semble lutter pour s'arracher au bloc brut : des torses à demi taillés surgissent d'une pierre rugueuse, marquée par le ciseau. Leur auteur laissait souvent l'œuvre exactement dans cet état, dit non-finito, « inachevé » en italien, et tenait que la forme était déjà prisonnière du marbre, le rôle du sculpteur n'étant que d'ôter ce qui la cachait. Les quatre plus connues furent entreprises pour le tombeau d'un pape, vers 1519 à 1534.
Le plus beau marbre s'extrayait sous terre, à la lueur d'une lampe

Le plus beau marbre s'extrayait sous terre, à la lueur d'une lampe

Le marbre le plus prisé du monde grec antique provenait de galeries creusées au plus profond de l'île de Paros. Les mineurs le taillaient à la lueur de lampes à huile, loin du jour, si bien que la pierre gagna le nom de lychnites, du mot grec pour « lampe ». On la chérissait pour une clarté rare : la lumière pénètre d'environ 3.5 centimètres dans le marbre de Paros, plus loin que dans celui de Carrare, ce qui confère à la peau sculptée un éclat intérieur exceptionnel.
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