Huit façons dont nous avons appris à faire du feu

DC·60 Deep Cuts
La première allumette s'est enflammée par accident, en 1826

La première allumette s'est enflammée par accident, en 1826

Un chimiste anglais qui mélangeait une pâte d'allumage frotta sa tige enduite contre l'âtre de pierre, et elle s'embrasa. Il fit de cet accident la première allumette à friction vendue au public, vers 1827 : des éclats de bois enduits de chlorate de potassium et de sulfure d'antimoine. Il ne la breveta jamais, estimant que le public devait simplement en disposer ; d'autres copièrent et rebaptisèrent l'idée en quelques années.
Ces têtes d'allumette rongeaient la mâchoire de leurs fabricants

Ces têtes d'allumette rongeaient la mâchoire de leurs fabricants

À partir des années 1840, les têtes d'allumette étaient enduites de phosphore blanc, qui s'enflamme facilement mais dégage une vapeur toxique. Les ouvriers qui trempaient les bâtonnets toute la journée la respiraient, et en quelques mois elle détruisait l'os de la mâchoire : une maladie défigurante appelée nécrose phosphorée, ou « mâchoire au phosphore ». Le premier cas fut recensé en 1839. Les allumettes au phosphore blanc finirent par disparaître en Grande-Bretagne, asphyxiées par l'impôt du Match Act de 1912.
Une allumette de sûreté ne vaut rien sans sa boîte

Une allumette de sûreté ne vaut rien sans sa boîte

Une allumette de sûreté sépare la chimie du feu en deux, pour qu'elle ne puisse pas s'allumer par accident. La tête porte l'oxydant, le chlorate de potassium, et du soufre comme combustible, mais aucun phosphore. Le phosphore réside sur le frottoir brun de la boîte, sous sa forme rouge stable mêlée de verre pilé. Le frottement transforme une trace de phosphore rouge en sa forme blanche réactive, qui enflamme la tête. Le phosphore rouge a besoin d'environ 240C pour s'enflammer : il reste donc tranquille dans le tiroir.
Ce tube de laiton fait du feu en comprimant l'air

Ce tube de laiton fait du feu en comprimant l'air

Un piston à feu n'a besoin ni d'étincelle ni de flamme. On enfonce un piston parfaitement ajusté dans un cylindre scellé, si vite que l'air emprisonné n'a pas le temps d'évacuer sa chaleur : une compression adiabatique. Comprimer l'air à environ un vingt-cinquième de son volume propulse la température au-delà de 260C en un instant, assez chaud pour enflammer une parcelle d'amadou au bout du tube. C'est le principe même qui fait tourner un moteur diesel, au creux de la main.
Ces étincelles, c'est de l'acier qui brûle, pas de la pierre

Ces étincelles, c'est de l'acier qui brûle, pas de la pierre

Frappe un morceau de silex contre de l'acier : les étincelles que tu vois ne sont pas la pierre. Le silex, dur et tranchant, arrache de minuscules copeaux d'acier, et comme ces éclats sont si petits et fraîchement mis à nu, leur fer s'oxyde violemment dans l'air et brûle en plein vol. Le silex n'est que la lame. Le feu vient du métal, porté au blanc incandescent une fraction de seconde tandis qu'il file vers l'amadou.
Une pierre à feu moderne crache des étincelles à 3,000C

Une pierre à feu moderne crache des étincelles à 3,000C

La tige grise des kits de survie n'est pas du tout du silex. C'est du ferrocérium, un alliage synthétique tendre de fer et de métaux de terres rares comme le cérium, inventé par un chimiste autrichien en 1903. Le cérium s'enflamme à seulement 150C environ : quand un grattoir en arrache une pluie de fragments, ceux-ci s'embrasent en plein vol à des températures atteignant 3,000C, bien plus chaudes qu'une étincelle de silex, capables d'allumer l'amadou même mouillé.
Le tissu carbonisé saisit une étincelle qu'une flamme ne saurait retenir

Le tissu carbonisé saisit une étincelle qu'une flamme ne saurait retenir

La toile carbonisée, c'est du coton cuit dans une boîte close presque sans air : il se carbonise au lieu de brûler et ne laisse qu'un carbone presque pur. Ce tissu noir ne flambe plus, mais il happe la moindre étincelle faible et garde une braise rougeoyante, couvant à quelques centaines de degrés C jusqu'à ce que ton souffle en fasse un feu. Son carbone poreux retient une étincelle qui mourrait sur du coton ordinaire : voilà pourquoi tout kit d'allumage en contient.
Une lentille peut faire du feu avec rien d'autre que la lumière du soleil

Une lentille peut faire du feu avec rien d'autre que la lumière du soleil

Un verre ardent allume un feu sans combustible propre. Une lentille convexe recueille la lumière parallèle du soleil qui tombe sur toute sa face et la courbe vers un unique point lumineux, condensant l'énergie d'un large faisceau en une tache de quelques millimètres. Cette lumière concentrée pousse l'amadou au-delà de son point d'inflammation. Le procédé est très ancien : au XVIIIe siècle, des chimistes se servaient ainsi de lentilles géantes pour atteindre des températures capables de brûler un diamant.
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