Huit choses que l'ancre cache sous la ligne de flottaison

DC·221 Deep Cuts
L'ancre sans jas se replie à plat et se loge dans le navire

L'ancre sans jas se replie à plat et se loge dans le navire

Pendant des milliers d'années, une ancre portait un « jas » — une barre transversale près du sommet — pour la faire basculer afin qu'une patte morde le fond. Puis, en 1821, vint l'ancre sans jas : ses pattes pivotent sur une charnière et basculent vers le bas d'elles-mêmes, et sans barre pour gêner, l'ensemble peut être hissé tout droit dans l'écubier et rangé à ras de l'étrave. Plus facile à manœuvrer, elle devint l'ancre lourde standard au début des années 1900.
Une ancre tient en s'enfonçant, pas par son poids

Une ancre tient en s'enfonçant, pas par son poids

Une ancre ne retient pas un navire en étant lourde — elle tient en s'enfouissant. Dès qu'une patte accroche et laboure sous la surface, le fond amassé devant elle et la succion tout autour font le vrai travail, et c'est pourquoi une bonne ancre peut retenir quelque 10 à 200 fois son propre poids en sol ferme. Lâchez un poids mort de même masse et le navire dériverait tout simplement ; sans patte pour mordre, il n'y a presque rien pour s'agripper.
Une ancre a besoin d'une chaîne sept fois la profondeur de l'eau

Une ancre a besoin d'une chaîne sept fois la profondeur de l'eau

Filer juste assez de chaîne pour atteindre le fond, c'est ainsi qu'on perd un bateau. Les marins filent de la « touée » — une longueur de chaîne plusieurs fois la profondeur de l'eau, classiquement environ 7 pour 1 — pour que la traction sur l'ancre reste presque horizontale. Une traction plate et latérale laisse la patte s'enfoncer davantage et tenir ; une traction raide et vers le haut la ferait basculer hors du fond comme un levier. Le poids même de la chaîne pend aussi en une courbe qui absorbe les à-coups des vagues qui passent.
L'ancre champignon tient en s'enfonçant dans la vase

L'ancre champignon tient en s'enfonçant dans la vase

Exactement en forme de champignon renversé, cette ancre est conçue pour rester en place des années. Son large dôme de fer se pose sur un fond mou et vaseux et s'y enfonce lentement jusqu'à ce que la vase au-dessus la retienne par une véritable succion : plus elle reste, mieux elle tient. Cela en fait le choix de prédilection pour les mouillages permanents, les bouées et les bateaux-phares ancrés. Dans la roche ou le sable grossier, où elle ne peut s'enfouir, elle est presque inutile.
Une ancre plate née de la guerre tient mieux que d'autres deux fois plus lourdes

Une ancre plate née de la guerre tient mieux que d'autres deux fois plus lourdes

Conçue en 1939 pour ramener les péniches de débarquement échouées sur les plages d'invasion, l'ancre légère à deux pattes fut l'une des premières conçues pour tenir par sa forme plutôt que par sa masse. Deux longues pattes triangulaires et plates pivotent sur une barre à la base et tranchent profondément dans le sable ou la vase, offrant une prise énorme pour très peu de poids — si bien qu'une petite ancre, facile à porter, peut retenir un bateau étonnamment grand. C'est aujourd'hui une favorite sur les petites embarcations partout.
« Aweigh » désigne l'instant précis où l'ancre quitte le fond

« Aweigh » désigne l'instant précis où l'ancre quitte le fond

Le vieux cri n'est pas « anchors away » (« ancre partie ») mais « aweigh », et il marque un moment précis. Une ancre est « aweigh » à l'instant où elle se détache du fond et pend librement, tout son poids reposant désormais sur la chaîne. « Weigh » a ici le sens ancien du mot, lever ou porter une charge, la même racine que « weight » (le poids). Lever l'ancre, c'est donc littéralement la hisser ; le navire est libre de bouger dès l'instant où l'ancre est « aweigh ».
Un « killick » est une ancre qui n'est qu'une pierre ligaturée

Un « killick » est une ancre qui n'est qu'une pierre ligaturée

Avant le fer, les petits bateaux mouillaient avec un « killick » : une lourde pierre, souvent enserrée dans un cadre de bras de bois écartés qui accrochent le fond. Le procédé est si simple et efficace que des versions sont encore utilisées par endroits aujourd'hui. Le mot a persisté dans l'argot des marins : dans certaines marines, un « killick » en vint même à désigner un petit grade de commandement, nommé d'après le petit insigne d'ancre enchevêtrée jadis porté sur la manche.
L'ancre enchevêtrée : la hantise du marin devenue emblème de fierté

L'ancre enchevêtrée : la hantise du marin devenue emblème de fierté

Une ancre prise dans son propre cordage ou sa chaîne est dite « enchevêtrée », et en mer c'est mauvais signe : une ancre emmêlée est difficile, parfois dangereuse, à relever. Pourtant cette image même, l'ancre emmêlée, est un fier emblème naval depuis plus de 500 ans, adoptée comme sceau d'amiral à la fin du XVIe siècle et encore portée aujourd'hui sur les insignes et les armoiries. C'est un symbole né, curieusement, de la seule chose que tout marin espère ne jamais voir arriver.
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