Huit secrets cachés dans une pierre verte

DC·116 Deep Cuts
Le « jade » est en secret deux minéraux sans rapport

Le « jade » est en secret deux minéraux sans rapport

Pendant des milliers d'années, le jade désignait une seule pierre verte précieuse. Puis, en 1863, un minéralogiste français, Alexis Damour, montra qu'il s'agissait en fait de deux minéraux sans rapport : la néphrite, un amphibole de calcium et de magnésium, et la jadéite, un pyroxène de sodium et d'aluminium. À l'œil, ils sont presque identiques, mais leur chimie et leur structure cristalline diffèrent, si bien que même les experts ont souvent besoin d'analyses pour les départager.
La gemme la plus tenace ne gagnerait pas un concours de dureté

La gemme la plus tenace ne gagnerait pas un concours de dureté

Le diamant est la gemme la plus dure, mais la néphrite compte parmi les matériaux naturels les plus tenaces : elle résiste à la casse et à l'éclat plutôt qu'à la rayure. Au microscope, elle ressemble à du feutre : un dense maillage entrelacé de fibres d'environ 0,1 à 5 microns, tissées dans des directions aléatoires. Une fissure ne peut traverser tout droit cet enchevêtrement, si bien que la pierre encaisse des chocs qui briseraient le quartz. Sa dureté à la rayure, en revanche, n'est que d'environ 6 à 6,5.
Le jade s'use, il ne se taille pas, même au métal

Le jade s'use, il ne se taille pas, même au métal

Le jade est trop tenace pour être tranché par une lame : il n'a jamais vraiment été taillé. Les artisans chinois le façonnaient par abrasion : un outil de bois, de cuir ou de métal portait une boue humide de sable dur — du quartz à dureté 7, voire du grenat et du corindon plus durs encore —, et c'était le grain, non l'outil, qui usait lentement la pierre. Une seule sculpture pouvait demander des années de frottement, de forage et de sciage patients, à la corde et à la pâte abrasive.
Un prince Han fut enseveli sous 2 498 plaques de jade

Un prince Han fut enseveli sous 2 498 plaques de jade

Pour protéger le corps à jamais, les élites de la dynastie Han se faisaient envelopper dans des costumes de jade. Celui du prince Liu Sheng, découvert en 1968 à Mancheng, fut assemblé à partir de 2 498 petites plaques de jade percées aux coins et cousues au fil d'or pesant environ 1,1 kilogramme. Chaque plaque devait être taillée et appariée à la main ; les chercheurs estiment qu'un seul costume représentait près d'une décennie de travail.
L'Europe de l'âge de pierre échangeait des haches de jade sur plus de 1 000 km

L'Europe de l'âge de pierre échangeait des haches de jade sur plus de 1 000 km

Vers 5000 av. J.-C., des populations néolithiques extrayaient de la jadéite sur les hauteurs du Mont Viso, dans les Alpes italiennes, entre 2 000 et 2 400 mètres, et la polissaient en fines haches. Beaucoup étaient bien trop fines et fragiles pour fendre du bois : c'étaient des objets de prestige. Depuis cette unique source alpine, elles parcoururent des distances stupéfiantes, parfois plus de 1 700 kilomètres, gagnant la Grande-Bretagne, la mer du Nord et au-delà, dessinant un vaste réseau d'échange préhistorique.
Un ouragan a rouvert une source de jade perdue

Un ouragan a rouvert une source de jade perdue

Les Olmèques et les Mayas prisaient la jadéite bleu-vert plus que l'or, mais l'emplacement de leur plus belle pierre bleue resta introuvable pendant des siècles. En 1998, les crues de l'ouragan Mitch dévastèrent les bassins du fleuve Motagua, au Guatemala, et retournèrent des champs de blocs, exposant des galets de jade alluviaux. Les chercheurs les remontèrent jusqu'à de grands affleurements, redécouvrant ainsi la source antique tant recherchée après environ cinq siècles.
Le jade blanc prisé plus que le vert

Le jade blanc prisé plus que le vert

Dans la tradition chinoise, la néphrite la plus précieuse n'est pas verte mais d'un blanc crémeux appelé jade graisse de mouton, du nom de son éclat doux, gras, semblable au suif. La plus belle se présente en galets des rivières Yurungkash et Karakash, près de Hotan, au Xinjiang, charriés depuis les monts Kunlun et ramassés là depuis plus de deux mille ans le long de la route de la soie. Les meilleurs galets peuvent se vendre, au gramme, plus cher que l'or.
Des disques de jade enterrés pour figurer le ciel

Des disques de jade enterrés pour figurer le ciel

La culture néolithique de Liangzhu, en Chine, vers 3300 à 2200 av. J.-C., sculptait des disques de jade plats percés d'un trou central, appelés bi. Ils comptent parmi les premiers jades travaillés et étaient déposés dans les tombes de personnages de haut rang, souvent sur la poitrine ou empilés autour du corps, parfois par dizaines dans une seule sépulture. Dans la pensée chinoise ultérieure, le bi rond en vint à symboliser le ciel, associé au cong carré de la terre, mais sa signification néolithique d'origine reste inconnue.
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